Jay-Z – Magna Carta Holy Grail : Album Review

Posté le 14/07/2013 par dans Musique

Annoncé deux semaines avant sa sortie Magna Carta Holy Grail, dernier album en date de Jay-Z, nous a pris de court même si on le sentait venir. Le temps de s’en imprégner et d’apprendre le titre dans l’ordre avant de vous livrer ce que l’on retient de cet album.

Magna Carta Holy Grail

Le plaisir d’avoir un nouvel opus de Hov à disposition ! Mais je n’irai pas jusque dire que j’avais attendu impatiemment qu’un projet du Brooklyn Boy fasse surface. Il faut dire qu’entre temps, nos oreilles ont été littéralement inondées par d’autres excellents albums comme Good kidd, M.a.a.d City ou Life is Good, pour ne citer que ces deux-là.

Ajoutons qu’au cours de ces trois années, Jay-Z s’est associé à Kanye West pour créer Watch The Throne, sans parler des nombreux feats dont ceux de J.Cole (Mr Nice Watch) et Rihanna (Talk That Talk) entre autres. On peut donc affirmer sans prendre de risques qu’il n’a jamais vraiment été loin. Et quand bien même, les 11 précédents albums de sa discographie recèlent suffisamment de classiques pour que l’on ait pas à se plaindre.

Et pourtant. L’entrée de cet opus en annonce tout de suite l’ambition et la couleur. On est immédiatement pris par les vocales perchées d’un Justin Timberlake transcendant et méconnaissable pendant une trentaine de secondes. On en vient même à se demander si on ne s’est pas trompé d’album.

C’est extrêmement mélodieux et Jay sublime la chose à son entrée en scène accompagné d’un beat qui attrape instantanément le tympan. Et c’est une constante dans cet album, Hova est percutant chaque fois, que ce soit sur 51 secondes comme dans Versus ou 4 minutes comme dans Piccasso Baby.

L’explication que j’y trouve est la réexposition d’une sérénité que l’on avait pas aussi bien entendu sur Blueprint 3 mais qui commençait à étinceler sur Watch The Throne. C’est une réponse parmi d’autres ; et track après track Jay-Z ne manque pas une rime pour nous donner une solution alternative à la question « Mais comment peut-il être aussi serein avec tous les prétendants au trône ? »

Peut-être son histoire idyllique avec Mrs Carter a.k.a Beyoncé Knowles qui lui fait l’honneur d’apparaître sur l’album, chose paradoxalement exceptionnelle puisque la seule autre fois où c’est arrivé c’était sur Bonnie & Clyde et ces deux-là n’étaient pas encore mariés et n’allaient certainement pas ensemble à Cuba. C’est donc très justement que cette chanson s’intitule Part. 2 (on the run), et s’affiche comme une déclaration des deux tourtereaux l’un à l’autre. Et ainsi de suite on entend la Queen B. déposer son empreinte tout au long de l’album, sur des bouts de refrain ou doubler la voix de Mr. Carter en fredonnant lascivement « Bad Bitch, H-Town » …

« Deeper than words, Beyond love / Die For your love, Beyond life »

Peut-être la naissance de leur fille, Blue Ivy, à qui Jay-Z Blue est dédiée, et qui est mentionnée tout au long de l’album, presque autant que ses exploits d’ex-dealer et son argent, c’est dire comme Daddy Hova est fier !
D’ailleurs la présence de Biggie sur la track sonne comme une présence bienveillante au dessus du berceau ; on pourrait même aller jusqu’à imaginer une analogie entre la mort du Big Poppa et la naissance de Mini-Carter.

« Father never taught me how to be a father, treat a mother
I don’t wanna have to just repeat another leave another
Baby with no daddy want no mama drama »

Peut-être parce qu’il est (très) bien entouré comme l’illustre le titre BBC (Billionaire Boys Club) à cheval entre l’insolence, l’allégeance et, toutes proportions gardées, la 8ème merveille mondiale tellement les feats sont impressionnants : Beyoncé, Pharell, Timbaland… et Nas qui lâche un couplet entier sans pour autant exposer son champs de possible lyrical alors qu’à l’inverse on a l’impression que Hov y met la pâté comme pour ne pas se faire tuer sur sa propre track comme Eminem avait pu le faire sur Renegade (BP1). C’est le seul son commercial de l’album avec des drums symptomatiques de ce que Pharell fait de plus Pharell, et effectivement tout est dans le titre puisque BBC est à l’origine la marque textile qu’il a créée.

Jay-Z, Justin Timberlake, Nas et Timbaland au Jungle Studio

Jay-Z, Justin Timberlake, Nas et Timbaland au Jungle Studio

Peut-être grâce à l’hyper-conscience de son talent. Comme à son habitude il est légèrement redondant sur son succès, son argent, et son succès et son argent, mais l’égotrip fait partie du jeu et c’est toujours moins prononcé que sur Reminder (cf. Blueprint 3). Dans le même temps la prouesse réside dans le fait que tout ce qu’il rap est vrai. Quand le God MC rappe c’est au delà de l’égotrip, ce sont des faits.

« What’s it gon take for me to go / For you to see, I’m the modern day Pablo, Picasso baby »

Peut-être sa capacité à se renouveler constamment. Oceans en feat avec le jeune et prometteur Frank OCEAN. Voilà pour la blague. Mais comme d’habitude avec Jay-Z, il faut toujours plonger plus loin que la surface de ses rimes parce qu’en profondeur se cachent toujours deux à trois niveaux de sens. Ici c’est la suite d’une aventure commencée sur WTT (déjà avec Frank Ocean) avec des titres comme Murder in America ou des punchs genre « Not bad uh for some immigrant » sur le single Otis.

« Only Christopher we aknowledge is Wallace,
I don’t even like Washington in my pocket. »

Plaider la cause noire, et remonter aux racines du mal-être actuel des Afro-Américains en particulier, de tous les noirs en général, est devenu un devoir de mémoire que Jay-Z s’applique à exécuter avec des angles toujours plus pointus, pointant du doigt le chemin parcouru jusque là et l’ironie qui fait qu’aujourd’hui la culture mainstream est extrêmement influencée par la culture noire (Miley, I see you !)

Miley Cyrus en plein Twerking

Twerk, twerk, twerk Miley Miley, twerk

Même si Jay-Z semble considérer que Magna Carta Holy Grail ne peut pas se classer au-dessus de la 4ème place au sein de sa discographie (cf. tweet ci-dessous), il livre ici un excellent album et je n’hésiterai pas longtemps avant de le remonter d’une ou deux places dans ce classement extrêmement serré.

Avec MCHG, Jay-Z n’est pas dans la démonstration de style comme il pouvait l’être sur Blueprint III. C’est la poursuite d’un idéal musical, lyrical et artistique. Les beats, les flows, les thèmes, tout y est distillé à parfaite dose pour servir les desseins d’un hip-hop à l’un de ses points culminants, en recherche éternel de son propre graal.

Nul doute que comme Blueprint en son temps, Magna Carta Holy Grail est un événement et s’impose comme une référence qui influencera tout ce qui lui fera suite.

Categorie : Musique

Filumeno

"Militant acharné envers et contre tous ceux qui galvaudent le terme Geek en l'enfermant, c'est un amoureux des images, des mots, et des mots en image; du rap en particulier, de la musique en général. Éclectique et multi-facettes, cultive les contrastes et le paradoxe. Beethoven dans un Beats By Dre."

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